Des centaines de praticiens hospitaliers s’alarment du plan Santé

«Libération» publie ce lundi une pétition dont il a eu la primeur. 

Ce texte initié par le professeur André Grimaldi, diabétologue, fait état des inquiétudes et déceptions face à la réforme du système présentée mi septembre par le président de la République.

Le plan Santé, dévoilé mi-septembre par Emmanuel Macron dont l’un des objectifs était de redonner un peu d’espoir au monde hospitalier laisse manifestement sur le secteur sur sa faim. C’est ce qui ressort d’une pétition initiée par le professeur André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris, et signée par quelques centaines de praticiens hospitaliers. Voici leur texte que nous publions ici en intégralité et exclusivité. Né d’un collectif apparu lors de l’appel des 1 300 hospitaliers (Libération du 16 janvier) à une réforme profonde du système, ce texte acte la qualité du diagnostic établi par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avant de lister toutes les inquiétudes.

«Après la présentation par le président de la République du plan Santé 2022, le collectif à l’initiative de l’appel des 1300 hospitaliers reconnaît la pertinence du diagnostic sur la crise du système de santé avec ses 3 symptômes chroniques :

– la surcharge des urgences hospitalières,
– l’inadaptation de notre système de soin à l’épidémie de maladies chroniques et l’insuffisance de leur prévention,
– les déserts médicaux.

Les causes de cette crise sont correctement décrites : le manque de coordination entre la ville et l’hôpital, l’insuffisance du travail en équipe pluri-professionnelle en ville, le tout paiement à l’acte en ville et le tout T2A à l’hôpital géré comme une entreprise commerciale.

Nous nous félicitons de la fin du numerus clausus actuel et demandons à ce que soient précisées les nouvelles modalités de sélection. Nous regrettons que ne soient pas proposés aux étudiants des contrats d’engagement de service public pour une durée limitée dans un des déserts médicaux de leur choix avec des conditions d’exercice moderne et un revenu minimal garanti, en échange de bourses d’études ou de la possibilité de choisir leur spécialité.

Nous soutenons les mesures prises en faveur d’une meilleure organisation de la médecine de proximité tout en regrettant l’absence de revalorisation des rémunérations des paramédicaux et l’absence de mesures pour réduire la disparité injustifiée de revenus entre spécialités médicales et entre la ville et l’hôpital, source d’un déséquilibre devenant de plus en plus critique.

Nous sommes en revanche très inquiets de l’absence de mesures financières significatives pour la psychiatrie victime d’une sous dotation et de la fermeture excessive de lits et plus globalement pour l’hôpital public qui voit ses tarifs de remboursement réduits année après année et ses urgences débordées avec une réapparition des patients couchés sur des brancards. Les 400 millions d’euros en plus pour 2019 permettant d’augmenter l’ONDAM de 2,3 à 2,5% correspondent en fait à un plan d’économie de 1,5% compte tenu d’une augmentation des charges de 4% et sans compter le taux d’inflation annuelle évalué à 1,5%. Cela adresse un triste message, alors même que la France n’est pas, contrairement à ce qu’a dit le président de la République, à la 3e place des pays de l’OCDE en dépenses de santé mais à la 14e place (avec 4600 dollars par habitant et par an), après le Canada, la Belgique, l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark… après l’Allemagne et la Suède (5500 dollars), la Suisse (8000) et les USA (10 000)… La rigueur cumulée année après année se termine en austérité et en dégradation du service rendu aux malades.

Sans attendre que l’alternative promise en ville soit construite, le gouvernement ne desserre pas le garrot placé depuis 2008 autour du cou de l’hôpital public. Aucune augmentation du salaire des infirmières et des aides-soignantes n’est à ce jour programmée, alors même que leur niveau de rémunération (rapporté au salaire moyen du pays) se situe au 26e rang des 29 pays de l’OCDE. La limitation drastique de financement des heures supplémentaires ne permettra pas d’assurer la présence en nombre suffisant de soignants au lit des malades. Quant aux jeunes médecins hospitaliers, le plan leur propose d’aller travailler au moins pour partie en ville, en réduisant le plein-temps médical hospitalier, ce qui rendra encore plus difficile le travail d’équipe. L’extension de cette double activité pourrait à terme ouvrir la voie à une remise en cause plus fondamentale du service public hospitalier, notamment au profit des cliniques privées.

La tarification à l’activité (T2A) dont la remise en cause était annoncée, reste le mode de financement largement dominant, son remplacement par un paiement au forfait pour le diabète et l’insuffisance rénale chronique demandant à être précisé dans l’espoir que la course au forfait ne remplace pas la course au tarif.

Le développement d’un financement dit «à la qualité», ou plus exactement aux indices de qualité, va accroître le temps passer par les soignants au «reporting», il va complexifier un peu plus le système, accentuer le poids de la technocratie, sans réellement améliorer la qualité comme l’ont montré les expériences anglaises et américaines des dix dernières années. De plus ce financement dit «à la qualité» instaure de fait la pratique du bonus/malus que les assureurs souhaitent appliquer un jour aux patients eux-mêmes en fonction de leur «observance».

Nous déplorons que le grand plan santé 2022  ne se donne pas les moyens de ses ambitions : rien sur les prescriptions et les actes injustifiés, rien sur les rentes industrielles et le prix trop élevé des médicaments, rien sur le doublon des coûts de gestion entre la Sécurité sociale et les Complémentaires, rien sur les frais de gestion excessifs des mutuelles et compagnies d’assurances. Dans ces conditions, le financement de l’hôpital public, représentant non pas 50% mais 35% des dépenses, risque fort de continuer à être la variable d’ajustement des dépenses du système de santé (l’augmentation du budget hospitalier prévue pour 2019 ne devrait d’ailleurs être que de 2.35% et non de 2.5% !)

 

 

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