Les Français pauvres ne peuvent plus se soigner

Les Français sont de plus en plus nombreux à constater une hausse de leur budget santé, selon une étude CSA pour Cofidis. Les personnes âgées sont les plus en difficulté.

Réforme de l’aide à la complémentaire santé, généralisation des complémentaires d’entreprises, «contrats responsables»… Les récentes réformes n’y changent rien. Les Français ont le sentiment que leurs frais de santé pèsent de plus en plus lourd dans leur budget. Selon une enquête CSA réalisée pour le spécialiste du crédit à la consommation Cofidis, ils consacrent en moyenne 715 euros à ces dépenses chaque année dont 232 euros restent à leur charge. Un montant qui pour 57% d’entre eux a augmenté ces cinq dernières années. Plus inquiétant: près d’1 français sur 5 affirme avoir eu des difficultés pour faire face à ces dépenses au cours des douze derniers mois et près d’un tiers affirme avoir déjà renoncé à se soigner.

Ceux qui ont dû faire l’impasse sur une consultation ou une paire de lunettes -notamment les ouvriers (44%) et les jeunes de moins de 35 ans (36%)- évoquent avant tout des raisons financières: un reste à charge trop important, une incapacité à avancer les honoraires, une couverture mutuelle insuffisante…L’âge joue de manière importante sur ces difficultés. Les 50 ans et plus, dont le budget santé est beaucoup plus important que la moyenne (934 euros), doivent supporter un reste à charge plus lourd qui grimpe à 350 euros pour les 65 ans et plus. Les différences sont aussi flagrantes selon le lieu d’habitation. Les habitants du Grand Est doivent ainsi faire face à un budget santé de 1166 euros avec un reste à charge de 165 euros, quand ceux de Bretagne dépensent 674 euros dont 242 euros de leur poche. Dans les Hauts-de-France, les dépenses atteignent 1122 euros avec un reste à charge de 575 euros.

Pour se soigner, près de la moitié des Français affirment anticiper leurs dépenses. D’autres (19%) avouent devoir reporter certains projets. Mais la majorité confirme adapter son parcours de soins en ne consultant que des médecins conventionnés secteur 1. Parmi ceux qui ont le plus de difficultés, 68% affirment devoir puiser dans leur budget consacré aux dépenses courantes et 32% dans leur épargne personnelle. D’après l’enquête, 13% d’entre eux se disent même obligés de souscrire un crédit à la consommation. Parmi eux, les 65 ans et plus et les personnes ayant des faibles revenus (moins de 1450 euros nets par mois).

L’Assurance maladie en lutte contre le renoncement aux soins

Les Français interrogés dans le cadre de cette enquête voient donc d’un bon œil la réforme du «reste à charge zéro» sur les frais dentaires, d’optique et de prothèses auditives, qui doit entrer en vigueur progressivement à partir de 2020. En revanche, ils redoutent une hausse du coût de leurs mutuelles. Dans une enquête dévoilée en juin dernier, l’UFC-Que Choisir tirait déjà la sonnette d’alarme à ce sujet, affirmant que les tarifs des complémentaires santé avaient flambé de 47% en 11 ans. Les différents bilans dressés suite à la généralisation des complémentaires santé en entreprise faisaient aussi le constat inquiétant d’une couverture moindre et d’un reste à charge qui s’envole.

Lors du 42e congrès de la Mutualité française à Montpellier, en juin dernier, Emmanuel Macron avait affirmé qu’il ne voulait «pas de hausse spécifique» des cotisations pour les assurés après la mise en place de sa réforme sur les soins dentaires, d’optique et de prothèses auditives. «Il n’y a pas dans cette affaire de marché de dupes. Je compte sur vous pour réussir ce défi», a-t-il lancé aux professionnels du secteur. Le gouvernement compte aussi sur le développement du «tiers payant généralisable». Enfin, pour lutter contre le renoncement aux soins, l’Assurance Maladie a mis en place une cellule d’agents chargés de repérer les personnes en difficultés pour les aider à faire valoir leurs droits et les orienter dans leurs parcours de soins. Testé dans le Gard, le dispositif, baptisé Pfidass (plateforme d’intervention départementale pour l’accès aux soins et à la santé), doit être déployé sur tout le territoire.

 

Sources : Le Figaro

 

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