60% des animaux sauvages ont disparu en quarante-quatre ans

INFOGRAPHIE – Dans son rapport «Planète vivante», l’ONG WWF dresse un bilan alarmant de l’état de santé de la Terre.

Ce sont 60% des populations d’animaux sauvages qui ont disparu de la Terre par rapport à 1970, selon le dernier rapport «Planète vivante» de l’organisation non gouvernementale WWF, publié ce mardi 30 octobre et réalisé tous les deux ans. Cette disparition de plus de la moitié des vertébrés, à l’exception de l’homme, dont la population continue de croître, a donc été opérée en un peu plus de quarante ans (car l’étude s’arrête aux derniers recensements fiables d’animaux en 2014). Dans les zones tropicales et en Amérique latine, touchées très durement par la déforestation, la chute est de 89 %.


Bien sûr, ce sont les activités humaines qui sont mises en avant pour expliquer cette dégradation profonde de l’environnement. Un nouveau cri d’alarme est donc lancé par Marco Lambertini, le directeur général du WWF International, pour trouver en urgence «un nouvel accord global pour la nature et les hommes».

D’autres preuves scientifiques ont été publiées ces derniers mois pour démontrer l’appauvrissement de la biodiversité et ses causes. Les populations d’insectes ont diminué de plus de 75 % en trente ans en Allemagne, a estimé en octobre 2017 une étude dans Plos One. Une chute brutale liée à la perte d’habitats des insectes et à l’agriculture intensive, grosse consommatrice de pesticides, qui ont également un impact sur les populations de pollinisateurs. Et dans Nature, d’autres chercheurs expliquent que les trois quarts des plantes, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères ont disparu de la surface de la Terre depuis l’an 1500, pour deux raisons: la surexploitation de certaines espèces et l’agriculture.

La demande mondiale d’alimentation et de terres agricoles exerce une pression considérable sur les écosystèmes et la biodiversité. «À elle seule, l’agriculture est responsable de 70 % de la déforestation mondiale. Pour se donner une idée, l’expansion de l’agriculture conduit à la perte d’une superficie de forêts tropicales équivalente à 40 terrains de football chaque minute», explique Arnaud Gauffier, responsable agriculture et alimentation chez WWF-France. Et l’expansion de certaines cultures, comme celle de l’huile de palme en Asie du Sud-Est, «gagne d’autres pays en Afrique, notamment la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, le Gabon et le Cameroun».

L’artificialisation des sols en question

Et il existe une sorte de déforestation importée en Europe, voire en France. C’est le cas notamment pour l’écosystème spécifique du Cerrado, en Amérique latine, composé à moitié de savanes et de forêts, qui couvre environ un tiers du Brésil. Cet écosystème «a perdu la moitié de sa surface au cours des trente dernières années ; or cette zone abrite 40 % d’espèces endémiques, ajoute l’expert français du WWF. Cette réduction de la taille est provoquée par la culture extensive du soja et l’élevage de bœufs. Comme ce soja est importé en France, notamment pour l’élevage de poulets, cela veut dire que derrière nos œufs et nos blancs de poulet nous contribuons à la déforestation du Cerrado!».

D’autres activités humaines dégradent l’environnement et réduisent fortement le nombre d’espèces vivantes dans les zones humides, constituées de marais et de zones inondables. Ces milieux représentent moins de 1 % des surfaces immergées, mais ils constituent un habitat pour 126.000 espèces, soit 10 % de celles qui sont connues dans le monde. Or l’indice «planète vivante», mis au point par les experts du WWF afin de pouvoir suivre l’évolution de la biodiversité, a plongé de 83 % depuis 1970. La baisse est moins soutenue dans l’Hexagone (60 %). Toutefois, «en France, les zones humides ont perdu la moitié de leur superficie en trente ans. Elles disparaissent surtout à cause de l’artificialisation des sols, notamment pour l’habitat et la construction de zones commerciales. Après une relative pause ces dernières années, l’artificialisation des sols en France repart à la hausse», déplore Arnaud Gauffier.

Coup de chaud sur les manchots en Antarctique

Avec un total de 595.000 individus adultes, le manchot empereur est considéré comme «quasiment menacé» par l'Union internationale de conservation de la nature.

La hausse moyenne de 2,8°C de la température depuis la seconde moitié du XXe siècle dans l’Antarctique occidental a profondément affecté l’habitat et la disponibilité de la nourriture pour les manchots. Ce réchauffement a provoqué une forte diminution de l’étendue de la banquise, où vivent les manchots empereur et Adélie. De ce fait, pour trouver leur nourriture, il y a une sorte de compétition entre les différentes populations de manchots.

Dans certaines zones, notamment sur la «minuscule île Signy, située dans l’Antarctique occidental, la diminution du krill antarctique, proie préférée des manchots, a provoqué une diminution de 42 % des manchots Adélie et de 68 % des manchots à jugulaire depuis 1978», explique le rapport «Planète vivante» de l’ONG WWF. En revanche, l’espèce des manchots papou a vu sa population croître de 255 % sur la même période.

Une compétition pour les mêmes proies

Dans la péninsule Antarctique, «où les manchots Adélie et les papous cohabitent désormais, les changements climatiques ont provoqué une forme de compétition pour les mêmes proies. Les papous semblent sortir gagnants de cette compétition pour le moment», explique Yan Ropert-Coudert, directeur de recherche au CNRS, au centre d’études biologiques de Chizé (CNRS et université de La Rochelle), dans les Deux-Sèvres).

Même s’il est difficile d’avoir un recensement global des populations, le manchot empereur, avec un total de 595.000 individus adultes, est considéré comme «quasiment menacé» par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN). Un classement effectué «à cause de projections sur le réchauffement climatique qui prédisent une disparition de son habitat de reproduction – la glace de mer – autour de l’Antarctique», ajoute le chercheur français.

En revanche, pour l’espèce Adélie – dont le comptage bénéficie de l’utilisation récente du satellite -, la tendance globale est plus floue, car l’évolution de sa population «est opposée entre la péninsule et l’Antarctique de l’Est», précise Yan Ropert-Coudert. La population totale de manchots Adélie a augmenté selon l’UICN, à 7,6 millions d’individus.

 

Source : www.lefigaro.fr

 

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