Qui sont les gilets jaunes qui manifesteront samedi ?

Ce mouvement de grogne des automobilistes, né ces dernières semaine avec la hausse du prix des carburants, s’est traduit par des pétitions en ligne et appels à manifestation autoproclamées «citoyennes» et apolitiques. Il reçoit aujourd’hui l’aval de certains partis politiques mais embarrasse les syndicats.

Ils sont décrits par Emmanuel Macron comme «des gens qui veulent tout bloquer». À moins qu’ils soient «simplement des citoyens qui disent que c’est compliqué de faire son plein» comme le considère Sarah El Haïry, députée de Loire-Atlantique et porte-parole du MoDem. Qui sont ces collectifs d’automobilistes en colère autoproclamés «gilets jaunes», dont le mouvement qui se veut «apolitique» et «citoyen» est né ces dernières semaines sur les réseaux sociaux et qui appelle à une manifestation nationale le 17 septembre? Eléments de réponse.

• D’où est parti ce mouvement et qui sont ses figures de proue?

 

Ce mouvement est parti d’une première pétition en ligne – d’autres suivront – lancée fin mai par Priscillia Ludosky, vendeuse de cosmétiques de 32 ans, habitante de Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne) pour réclamer une baisse du prix des carburants. Sa pétition, sur Change.org, rencontre un véritable succès à partir de mi-octobre, passant d’environ 400 signatures, à plus de 800.000 à ce jour.

Elle n’est pas la seule à exprimer sa colère sur les réseaux sociaux. La désormais célèbre Jacline Mouraud, une accordéoniste et hypnothérapeute de 51 ans, publie une vidéo «coup de gueule» sur Facebook le 18 octobre contre la hausse des prix du carburant, visionnée plus de 6 millions de fois. Puis le 21 octobre, Eric Drouet, un chauffeur routier résidant en Seine-et-Marne, lance sur Facebook un appel au «blocage national contre la hausse du Carburant» le 17 novembre. Son message est notamment relayé par un certain Franck Buhler, qui se présente comme un délégué de circonscription du parti Debout la France (DLF) dans le Tarn-et-Garonne et appelle, dans une vidéo en ligne, à bloquer tous les axes routiers. Au même moment, le 2 novembre, l’humoriste populaire Anthony Joubert mettait en ligne sur Youtube un clip qui a fait déjà plus de 200.000 vues, et se veut «un résumé» de la grogne des gilets jaunes. «Y a pas que l’essence qui a augmenté»; «on veut moins payer» chante-t-il. Pour autant, pas de véritable porte-parole ni de chef de file.

«Ne cherchons pas de chef d’orchestre» analyse Bernard Vivier, directeur de l’Institut Supérieur du Travail. «Comme le mouvement des Bonnets Rouges, ou celui des patrons Pigeons il y a quelques années, c’est un mouvement désordonné qui vient de la base, en dehors des structures organisées que sont les syndicats et les partis politiques. Faute de syndicats forts, la base s’exprime, avec des figures de circonstance».

 

  • Pourquoi les «gilets jaunes»?

 

C’est le signe de ralliement des automobilistes en colère: la chasuble jaune fluorescente portée par les automobilistes en cas d’accident. Depuis plusieurs semaines, ceux qui comptent se mobiliser sont invités à la poser derrière le pare-brise de leur véhicule. Ils l’arboreront le 17 novembre en signe de ralliement au mouvement qui devrait se traduire par des blocages de routes et d’autoroutes dans toute la France. Selon le site blocage17novembre.com, plusieurs centaines de rassemblements sont déjà prévus.

Ce n’est pas la première fois qu’un vêtement devient le symbole d’une fronde contre les impôts. Dans les années 30, les «chemises vertes», des Comités de défense paysannes classés à l’extrême droite, prônaient la grève de l’impôt. Plus récemment, en 2013, les «Bonnets rouges», lancé par des organisations professionnelles et chefs d’entreprises bretons, s’étaient mobilisés contre l’Ecotaxe, un impôt écologique sur les poids lourds, dont ils ont obtenu le retrait. Les manifestants avaient identifié leur lutte à celle des «bonnets rouges» de 1675 en Bretagne contre de nouvelles taxes imposées, notamment sur le «papier timbré».

 

  • Contre quoi vont-ils manifester le 17 novembre?

 

Au cœur des critiques: la hausse du prix des carburants, avec la suppression de la fiscalité réduite sur le gazole non routier ou encore la hausse de 6,5 centimes par litre de diesel et de 2,9 centimes pour l’essence au 1er janvier 2019, alors que les tarifs des carburants sont tirés vers le haut par les cours du pétrole. D’autres revendications sont venues s’ajouter. Elles concernent: les péages autoroutiers, les contrôles techniques ou le pouvoir d’achat. Cette mobilisation «dépasse très largement le problème des carburants aujourd’hui, ce qui est en cause c’est le ras-le-bol fiscal. Ce mouvement spontané (…) exprime aujourd’hui cette colère fiscale que ressentent de plus en plus de Français» selon le député LR des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, interrogé mardi matin sur RTL.

 

  • Qui soutient les gilets jaunes?

 

Le Rassemblement national de Marine Le Pen, Les Républicains de Laurent Wauquiez, Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, ou encore les Patriotes de Florian Philippot ont clairement affiché leur soutien à ce mouvement, parti spontanément sur les réseaux sociaux. Mais les dirigeants de ces formations ne manifesteront pas ensemble derrière une grande banderole en tête d’un cortège, avec un parcours prédéfini, comme le font les syndicats de salariés. Et ils n’y seront pas tous présents. Laurent Wauquiez, qui soutient le mouvement mais pas les «blocages», participera à une manifestation dans son département de Haute-Loire. Nicolas Dupont-Aignan, qui va jusqu’à distribuer lui-même, gilet jaune sur le dos, des tracts dans les stations-services, manifestera en Ile-de-France, appelant les automobilistes à klaxonner à midi. Marine Le Pen quant à elle ne rejoindra pas le mouvement, que rallieront en revanche ses militants et ses élus. Du côté de la France insoumise, malgré les réserves d’une partie du mouvement, Jean-Luc Mélenchon s’est dit solidaire du mouvement. Certains, comme le député François Ruffin, ont même annoncé qu’ils y participeraient «à titre personnel».

Les organisations syndicales, elles, sont bien plus embarrassées. Bien que d’accord sur le fond sur la revendication autour du pouvoir d’achat, les syndicats sont gênés par toute récupération du mouvement par l’extrême droite. Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, dit comprendre «l’exaspération d’un certain nombre de salariés qui pour se rendre au travail ont un coût supplémentaire», mais dénonce «une manipulation de l’extrême droite pour récupérer ce mouvement». Côté CGT aussi, on dénonce une «instrumentalisation» de «l’exaspération» au sujet de la hausse des taxes sur le carburant. Déjà en 2013, les syndicats s’étaient désolidarisés des «bonnets rouges», autre mouvement anti-impôt.

Enfin, dans l’opinion, le mouvement est plutôt soutenu. Près des deux tiers des Français affirment soutenir ce mouvement, selon un sondage BVA pour la Tribune publié le 8 novembre.

 

  • Que traduit cette fronde?

 

«La question des carburants est juste un déclencheur» analyse Alexis Spire directeur de recherche au centre national de la recherche scientifique (CNRS), cité par l’AFP. D’après lui, «il y a aussi une dimension géographique qui joue un rôle important. Les populations éloignées des grands centres urbains ou reléguées en bas de l’échelle sociale ont un sentiment d’injustice fiscale. Il y a eu la réforme de la carte judiciaire, avec des fermetures de tribunaux, puis la réforme des hôpitaux, avec des fermetures de maternité… Certains habitants se sentent délaissés par les pouvoirs publics. Et puis il y a un problème de visibilité de ce à quoi sert l’impôt: on traite l’impôt uniquement comme un prélèvement, sans tenir compte des réalisations qu’il rend possible».

 

 

Source : www.lefigaro.fr

 

 

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