Grève des infirmier-e-s : «On est mis de côté, délaissé, oublié»

Infirmière libérale au Havre depuis 25 ans, Béatrice Maillot a vécu l’annonce du plan santé 2022 comme une humiliation. Les infirmiers sont les grands oubliés de ces futures mesures. Ce mardi 20 novembre, elle se joint au mouvement de grève national pour réclamer plus de considération.

« On est en grève demain, mais ça n’a rien à voir avec les gilets jaunes. Mais je viendrai quand même ne vous inquiétez pas». Le ton est rassurant. Il est 6h45 du matin, Béatrice Maillot entame sa deuxième consultation à domicile de la journée au Havre. C’est au tour de Cécile Lucas, une patiente diabétique et aveugle qu’elle voit quotidiennement. L’infirmière libérale l’aide soigneusement à prendre place sur son canapé et déballe son matériel pour contrôler son taux de glucose. Elle passe un petit boîtier électronique devant un patch fixé sur le bras de la patiente. Le boîtier bipe. Le verdict s’affiche sur l’écran : 51 mg par décilitre de sang, c’est trop bas. «Vous voyez, le bip-bip il parle pas. Ça parait anodin mais je suis coincé pour mon test. Je ne vois rien. On a vraiment besoin de ces filles-là. Si elles passent pas, les patients ils sont mal », explique Cécile qui déplore le manque de reconnaissance de ces infirmières.

70 heures de travail par semaine

La consultation dure une dizaine de minutes. L’infirmière conseille rapidement de consommer un peu de sucre avant de partir à grandes enjambées vers son prochain rendez-vous. Ce matin-là, elle en enchaînera 33. La routine.

Le planning de Béatrice Maillot est vertigineux. Chaque matin, elle commence vers 6h et enchaîne les consultations jusqu’à 20h. De retour chez elle, elle organise sa journée du lendemain et règle ses affaires administratives. Elle travaille 70h par semaine.

« Nous sommes les seuls à être aussi proche des patients. On les connaît par cœur. S’il y a un problème, on relais immédiatement les informations au médecin » assure-t-elle. Elle estime être en première ligne dans le parcours de soins des malades. Alors le plan santé présenté en septembre dernier par Emmanuel Macron ne passe pas : fin du numerus clausus, urgences de jour, généralistes salariés dans les déserts médicaux, création d’assistants médicaux… les mesures annoncées concernent surtout les médecins. « A croire que la ministre de la santé n’estime pas le travail des infirmières. Ils sortent de leur chapeau qu’ils vont embaucher 4 000 assistantes pour les médecins pour faire ce que nous ont fait en partie. On est mise de côté, délaissé, oublié » s’agace Béatrice Maillot.

Des actes illégaux pour être efficaces

Humiliée par ce manque de considération, elle se joint ce mardi 20 novembre à la manifestation des infirmier-e-s à Rouen. Elle réclame une évolution de son métier. Les médecins se font de plus en plus rares, il est devenu difficile de décrocher un rendez-vous de dernière minute. Alors pour le bien des patients, elle considère que son champ d’action doit être élargi. Pour l’adaptation des posologies par exemple. Aujourd’hui, seuls les médecins sont habilités à réduire les doses de médicament en fonction de l’évolution de l’état du patient. Mais fatiguée de courir après les généralistes et peu encline à encombrer le Samu, elle assume enfreindre la loi et adapte elle-même les doses. Elle aimerait le faire en toute légalité. Elle voudrait également prescrire d’avantage de choses. Elle peut prescrire des compresses, des pansements mais pas de désinfectant. Le patient doit alors se rendre chez le médecin. Ridicule selon elle. L’infirmière prône une inclusion des infirmières plus importante dans le parcours de soin des malades, notamment via la télémédecine. « On est tout à fait capable d’assurer un suivi et le lien entre les patients qu’on connaît par cœur et les médecins », argumente-t-elle.

Du travail gratuit

Mais c’est surtout la nomenclature des infirmières libérales qui doit évoluer selon elle. Ce document qui définit le tarif des différents actes n’a pas bougé depuis 1972 alors que le travail a changé en 40 ans. Aujourd’hui, tous leurs actes ne figurent pas dans la liste. « La nomenclature est obsolète. Les choses ont évoluées. Par exemple la pose de bas de contention ou le retrait de sonde urinaire ne figure pas dans la liste ; alors on ne peut pas les tarifer. Donc on fait ça gratuitement.  Nous ce qu’on veut c’est que la nomenclature soit réévaluée en fonction de nos besoins et ceux de nos patients », détaille l’infirmière.

Ces évolutions permettraient une amélioration des soins selon elle. Ses revendications sont en faveur de l’intérêt général. « Aujourd’hui, tout le monde est un patient potentiel », rappelle-t-elle.

 

Source : france3-regions.francetvinfo.fr

 

 

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