Ils ont supprimé leur compte Facebook, ils expliquent pourquoi

Les appels au boycott du réseau social de Mark Zuckerberg se multiplient suite au scandale de Cambridge Analytica. Tour d’horizon des raisons qui ont poussé certains utilisateurs à supprimer leur compte, parfois depuis longtemps déjà.

“Nous avons la responsabilité de protéger vos données, et si nous ne pouvons pas le faire, nous ne méritons pas de vous servir”, a déclaré mercredi le patron de Facebook pour tenter d’éteindre le feu allumé par le scandale Cambrige Analytica. Cette firme de profilage d’électorat, proche de Donald Trump, a exploité les données de 50 millions d’utilisateurs du réseau social sans leur consentement. Le site de Mark Zuckerberg est mis en cause pour son rôle dans cette exploitation. Depuis cette affaire, l’action en bourse du réseau social a chuté de 8%.

Mais le mea culpa du fondateur du réseau n’a pas satisfait les internautes. Au contraire, le mot-clé “#DeleteFacebook” se propage à grande échelle sur les autres réseaux sociaux. Les appels au boycott se multiplient. Brian Acton, co-fondateur de Whatsapp, pourtant racheté par Facebook en 2014, a par exemple appelé à supprimer l’application.

Pourquoi ont-ils quitté Facebook?

L’année dernière, des anciens employés de Facebook avait exprimé leur regret concernant ce réseau social. “Nous avons créé des outils qui déchirent le tissu social de la société” déclarait ainsi Chamath Palihapitiya, ancien responsable de la croissance. Lundi, le lanceur d’alerte et ex-analyste du renseignement américain Edward Snowden a assuré que Facebook était une entreprise de surveillance “déguisée en réseau social”.

Quitter Facebook, un acte difficile pour la majorité des utilisateurs mais qui pourrait connaître un essor avec les récentes révélations. D’autant que  beaucoup ont déja sauté le pas, parfois depuis un certain temps. Entre insatisfaction de l’algorithme proposé et dégoût du voyeurisme, tour d’horizon des raisons qui ont poussé certains à la suppression de leur compte Facebook.

Pauline : “J’ai quitté Facebook à cause de son côté malsain et déprimant”

 

“J’ai eu un usage extrêmement varié de Facebook depuis mes 17 ans. Après un an passé dans une université étrangère, à voir défiler la vie trépidante de mes connaissances restées à Paris sans jamais leur parler par message, bien que je voyais en permanence qu’ils étaient connectés, faute d’envie, de motivation ou de courage, j’ai considéré que j’étais parvenue aux limites du système.

Je dirais que j’ai quitté Facebook pour trois raisons. A cause de l’hypocrisie de la chose et le côté malsain des likes, de l’audimat social, le côté vraiment très déprimant de voir le reste de son groupe social ou de sa tribu toujours au taquet, toujours en train de boire des coups, d’aller à des concerts trop stylés, de s’éclater, de réussir professionnellement… alors que ça ne représente qu’à peine un tiers de mon temps.

Je n’ai pas énormément confiance en moi et je trouve que le jeu de la présentation de soi sur Facebook est très fatigant et fragilisant. Et pour finir, la déconcentration et la procrastination, la captation de mon attention par le réseau. D’autres choses ont également joué à la marge, comme la stérilité de débats chronophages avec des trolls odieux, sexistes, racistes, et homophobes, mais malheureusement cela n’arrive pas que sur Facebook.

Je suis en revanche sur Twitter, où j’ai fait le choix de ne pas suivre des gens par affinité dans la vie réelle, parce que je les connais, contrairement à ce qui se fait sur Facebook, mais par affinité intellectuelle ou centres d’intérêt communs. C’est un usage que je trouve plus sain et plus détendu.”

Aline : “Franchement qui a 356 amis dans la vraie vie ?”

 

“C’était au début une sorte de challenge pour voir si je pouvais m’en passer quelques mois et finalement ça fait plus d’un an. J’ai gagné énormément de temps. Avant c’était mon premier réflexe le matin avant d’ouvrir mes mails et mon refuge en cas d’insomnie.

Désormais plus de connexion dans les grands moments de procrastination au boulot – j’en ai beaucoup je suis freelance – et je m’évite les informations inutiles des soi-disant amis qui étalent leur vie. J’en avais marre de passer beaucoup trop de temps à regarder ce qui se passait sur mon mur. Et puis utiliser le terme ‘ami’ pour des gens qui n’en sont pas… Franchement qui a 356 amis dans la vraie vie ?

Je suis inscrite sur d’autres réseaux sociaux. J’utilise Whatsapp, je poste une photo sur Instagram de temps en temps et j’ai un compte Twitter que je n’utilise presque pas. Mais je n’ai pas cette impression de réseau chronophage qu’avait Facebook.”

Tristan : “Je n’aimais pas que mes erreurs de jeunesse soient visibles par tout le monde”

“J’ai quitté Facebook vers 2014-2015 après le lycée car je n’aimais pas que ma vie, et plus particulièrement mes erreurs de jeunesse, soient visibles par tout le monde. D’autre part je voulais couper les ponts avec une partie de mes anciennes connaissances. D’une manière générale je n’ai jamais été fan des réseaux sociaux et un compte Facebook me semblait demander trop d’entretien. Je me souviens qu’une certaine dépendance au fil d’actualité, concrètement je passais des heures à actualiser dans l’attente d’un truc intéressant.., ça a fini de conforter ma décision de tourner la page !”

Romain : “Les thématiques que je choisissais ne m’étaient pas proposées”

“J’aimais l’idée de me fabriquer un fil d’actualités qui me proposerait des news sur les sujets de mon choix. J’étais prêt à vivre, entre les deux, avec des informations personnelles sur mes ‘amis’, même si elles n’avaient souvent pas grand intérêt. Mais au fil du temps, je constatais que des thématiques que j’avais pourtant choisies ne m’étaient jamais proposées.

Rien ne manque depuis que j’ai quitté ce réseau social, sauf peut être certaines news ou certains articles un peu rares mais dénichés par l’algorithme, que je n’ai plus. Mais très honnêtement, si je veux en trouver, je les cherche et je les trouve. Cela me demande une démarche pro-active, ce que je préfère, de très loin.

L’épisode Cambridge Analytica va faire prendre conscience, en outre, de la volatilité des données que les utilisateurs laissent sur Facebook et, sans qu’ils en soient forcément conscients, va renforcer leur défiance et cristalliser le fait qu’il y a un problème avec Facebook.”

Source : www.lesinrocks.com

 

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